Une feuille de monitorage tient sur une page A4 quadrillée, et c'est précisément le problème. Dix jours de contrôles, deux ovaires, trois dosages, un traitement qui change tous les deux jours : le papier finit raturé, photographié de travers et envoyé sur WhatsApp la veille de la ponction. Voici comment la même feuille fonctionne à l'écran.
Ce que le papier fait perdre
Ce n'est pas le papier lui-même qui pose problème : la feuille de monitorage est un excellent format, lisible d'un coup d'œil, et nous l'avons conservée telle quelle. Ce sont ses quatre angles morts.
Elle se recopie. Les mesures existent déjà dans le compte rendu d'échographie ; elles sont réécrites à la main sur la feuille, puis retapées dans le message envoyé au centre. Trois saisies, trois occasions de se tromper d'un millimètre ou d'une décimale.
Elle ne calcule rien. Le jour du cycle, le jour de stimulation, le nombre de follicules au-dessus de 17 mm, la dose totale reçue depuis le début : tout cela se recompte de tête, à chaque contrôle.
Elle n'est qu'à un endroit. Le centre qui conduit le cycle ne voit pas ce que le gynécologue de ville a mesuré avant-hier, sauf si quelqu'un le lui envoie.
Elle disparaît. Le cycle suivant commence sans savoir à quelle dose l'ovaire avait répondu au précédent, c'est-à-dire sans l'information la plus utile qui soit.
Une colonne par contrôle
La feuille électronique garde la logique de la feuille papier : un contrôle par colonne, du plus ancien au plus récent, et une ligne par donnée suivie. Date, jour du cycle, jour de stimulation, une ligne par produit prescrit, œstradiol, LH, progestérone, ovaire droit, ovaire gauche, follicule dominant, comptes à 17, 14 et 11 mm, endomètre, conduite à tenir.
Chaque contrôle porte ses deux repères de temps, calculés et non saisis : J, le jour du cycle depuis les règles, et S, le jour de stimulation. Une ligne se lit « 06/03/2026 · J10 · S8 ». Personne ne recompte.
Sur un téléphone, la grille devient une carte par contrôle, la plus récente en haut, parce qu'une échographie se fait rarement assis devant un grand écran.
Saisir une cohorte en une ligne
Les follicules ne se saisissent pas un par un dans quinze petites cases. On tape la cohorte telle qu'on la dicte : 18 17,5 15 12, séparés par des espaces, la virgule comme décimale. Coller depuis un compte rendu fonctionne aussi.
Sous le champ, la cohorte se relit aussitôt, triée : « 18 · 17,5 · 15 · 12 ». Une taille illisible est signalée, jamais devinée. Les petits follicules de moins de 10 mm se comptent d'un nombre, sans les mesurer un à un.
Les follicules ne sont pas suivis individuellement d'un contrôle à l'autre : on enregistre la cohorte du jour, comme on le fait sur le papier, parce que c'est ainsi qu'on les lit à l'échographie.
Les unités converties pendant la frappe
Un laboratoire rend l'œstradiol en picomoles, le suivant en picogrammes. Les deux valeurs se saisissent dans l'unité du compte rendu, et la conversion s'affiche pendant la frappe : « 5 000 pmol/L = 1 362 pg/mL ». La feuille, elle, n'affiche qu'une seule unité, pour que la colonne reste comparable d'un contrôle à l'autre.
Ce n'est pas une commodité. Se tromper d'unité sur un œstradiol, c'est un facteur 3,7 sur une valeur qui pèse dans l'appréciation du risque d'hyperstimulation.
Le traitement se reconduit, il ne se ressaisit pas
À chaque contrôle, les lignes du traitement en cours sont déjà là. Le praticien les laisse, change une dose, ajoute l'antagoniste. Une ligne vaut du jour du contrôle jusqu'à la veille de la décision suivante : la feuille sait donc, pour chaque jour, ce que la patiente a reçu.
Trois conséquences que le papier ne donne pas :
- • Une flèche ↑ ou ↓ marque le contrôle où la dose d'un produit change. On voit d'un coup d'œil quand le protocole a bougé.
- • La dose cumulée de FSH s'affiche en tête de l'écran, à jour en permanence.
- • Les produits dosés en microgrammes se cumulent à part : on n'additionne jamais des microgrammes et des unités internationales. Une injection unique, comme la corifollitropine alfa, n'est jamais reconduite : elle compterait deux fois.
Pour changer une dose un jour sans visite, après un appel téléphonique, on crée un contrôle ce jour-là avec le seul traitement. Le cycle reste exact.
Le laboratoire arrive l'après-midi
L'échographie a lieu le matin, les dosages tombent à 15 h. Le contrôle du matin se rouvre et se complète : il reste modifiable tant que la tentative est en cours. Un seul contrôle par date et par tentative, pour qu'il n'existe jamais deux versions du même jour.
Et un contrôle sans conduite à tenir n'interrompt rien : quand le praticien attend le laboratoire avant de décider, le traitement en cours continue simplement de courir.
La courbe, sous la feuille
Deux graphiques superposés sur la même plage de dates. En haut, chaque follicule mesuré est un point, coloré par ovaire ; une ligne relie le follicule dominant d'un contrôle à l'autre ; une bande marque la zone de 16 à 22 mm citée par l'ESHRE ; l'œstradiol court en ligne sur l'axe de droite. En bas, la dose quotidienne de FSH en colonnes, avec un repère au début de l'antagoniste et un autre au déclenchement.
C'est la lecture qu'aucune feuille papier ne donne : la pente de la réponse, et non seulement son état du jour.
Des repères qui citent leur source
La feuille affiche des repères : 19 follicules de 11 mm ou plus, trois follicules de 17 mm ou plus, une dose au-delà de 300 UI par jour, un contrôle annoncé et non saisi. Chacun porte le texte qui chiffre son seuil, affiché sous le message : ESHRE 2025, recommandation 94 ; RCP Elonva et Rekovelle ; ASRM 2020.
Trois principes gouvernent ces repères, et ils comptent plus que les repères eux-mêmes :
Ce que l'outil ne fait jamais
- • Il ne dit jamais de déclencher. Un repère est un fait, « 3 follicules ≥ 17 mm au contrôle du 08/03/2026 », pas une consigne.
- • Il ne propose aucune dose.
- • Il ne calcule aucune date de déclenchement prédite, ni aucun horaire de ponction : les « 34 à 36 heures » ne figurent dans aucun texte de référence.
Et quand un seuil n'existe pas dans les textes (progestérone, LH, endomètre, ratio œstradiol par follicule, durée de stimulation), aucun repère n'est affiché. Inventer un seuil serait plus nuisible que de n'en afficher aucun.
Le prochain contrôle devient un rendez-vous
Quand la conduite à tenir annonce « prochain contrôle le 8 », ce jour-là devient un rendez-vous en un geste : le premier créneau libre à partir de cette date, sans jamais déplacer la date décidée. Si le jour choisi n'est pas travaillé au cabinet, c'est dit.
Un seul contrôle est attendu à la fois. Si la date change, le rendez-vous passe « à repositionner » ; si le déclenchement est enregistré ou la tentative terminée, le rendez-vous encore à venir est annulé de lui-même.
Le titre du rendez-vous ne dit rien de l'AMP
L'infertilité reste un sujet socialement lourd, et un agenda se lit par-dessus l'épaule de la secrétaire, parfois devant la salle d'attente. Le rendez-vous porte donc un titre neutre : le type de rendez-vous par défaut du cabinet. Le contenu clinique va dans une note marquée confidentielle, grisée pour le secrétariat. Aucune information sur l'AMP n'apparaît dans l'agenda.
Pour le gynécologue de ville qui monitore pour un centre
C'est le cas d'usage le plus fréquent au Maroc : le cycle est mené par un centre agréé, le monitorage est fait en ville, plus près de la patiente. La feuille est tenue au cabinet, au fil des contrôles, et s'imprime ou s'envoie complète, avec les dates, les cohortes, les dosages, les doses reçues et les décisions prises.
Rappelons que le monitorage n'est pas, en lui-même, un acte d'AMP au sens de l'article 2 de la loi 47-14 : il n'entre donc pas au registre des actes. Le cadre légal complet est détaillé dans notre article sur la loi 47-14, et les seuils cliniques dans celui consacré au monitorage de la stimulation.
Votre feuille de monitorage, tenue toute seule
Une colonne par contrôle, les repères de temps calculés, la dose cumulée à jour, la courbe sous la feuille, et un agenda qui ne trahit rien.
